Homélie (trad. coll. Icthus, vol.6, p. 34)

Il ne faut pas rejeter les biens susceptibles d’aider notre prochain. La nature des possessions est d’être possédées ; celle des biens est de répandre le bien ; Dieu les a destinés au bien-être des hommes. Les biens sont entre nos mains comme des outils, des instruments dont on tire un bon emploi si on sait les manier… La nature a fait de la richesse une servante, non une maîtresse.

Il ne faut donc pas la décrier, puisqu’elle n’est en soi ni bonne ni mauvaise, mais parfaitement innocente. De nous seuls dépend l’usage, bon ou mauvais, que nous en ferons : notre esprit, notre conscience sont entièrement libérés de disposer à leur guise des biens qui leur ont été confiés. Détruisons donc, non pas nos biens, mais les convoitises qui en pervertissent l’usage. Lorsque nous serons devenus honnêtes, alors nous saurons en user honnêtement. Ces biens dont on nous dit de nous défaire, comprenons bien que ce sont les désirs déréglés de l’âme… Vous ne gagnez rien à vous appauvrir de votre argent, si vous demeurez riches de désirs déréglés…

Voilà comment le Seigneur conçoit l’usage des biens extérieurs : nous devons nous défaire non pas d’un argent qui nous fait vivre, mais des forces qui nous en font mal user, c’est-à-dire les maladies de l’âme… Il faut purifier notre âme c’est-à-dire la rendre pauvre et nue et écouter en cet état l’appel du Sauveur : « Viens, suis-moi ». Il est la voie où marche celui qui a le cœur pur…

Celui-ci considère sa fortune, son or, son argent, ses maisons comme des grâces de Dieu, et lui témoigne sa reconnaissance en secourant les pauvres de ses propres fonds. Il sait qu’il possède ces biens plus pour ses frères que pour lui-même; il reste plus fort que ses richesses, bien loin d’en devenir l’esclave ; il ne les enferme pas en son âme… Et si un jour son argent vient à disparaître, il accepte sa ruine d’un coeur aussi joyeux qu’aux plus beaux jours. Cet homme, dis-je, Dieu le déclare bienheureux et l’appelle « pauvre en esprit » (Mt 5,3), héritier assuré du Royaume des cieux qui sera fermé à ceux qui n’auront pas pu se passer de leur opulence.

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