Alain Durel, la presqu’île interdite – Éditions Albin Michel 2010, pages 196 à 197.
J’arrivai enfin à l’ermitage de papa Isaac et me dirigeai tout droit à son atelier, sûr de l’y trouver à cette heure. Il y était occupé, comme à son habitude, à quelques travaux d’artisanat monastique. Aussitôt après le traditionnel salut, ma séance d’escrime spirituelle pouvait commencer.
– Comment puis-je me libérer de mon moi ? demandai-je au Libanais.
– Est-ce que tu l’aimes, ton moi ?
– Il me cause beaucoup de soucis !
– Tu ne peux pas te libérer de ton moi si tu l’aimes, dit-il.
– Comment le haïr ?
– Tu le haïras vraiment lorsque tu auras bien vu à quel point il est ton ennemi, l’obstacle qui t’empêche de demeurer en parfaite communion avec Dieu et le prochain.
– Je voudrais pouvoir le tuer !
– Laisse ton moi ici, dit papa Isaac en me raccompagnant jusqu’au portail de son ermitage, je vais l’attacher. Toi, prends cette figue en échange.
Isaac cueillit une figue bien mûre et me l’offrit. Nous nous arrêtâmes sur le sentier et, après nous être regardés un instant, nous nous mîmes à rire bruyamment.


















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