Alain Durel, la presqu’île interdite – Éditions Albin Michel 2010, pages 108 à 109.

Un mois plus tard, les pensées qui me combattaient n’ayant guerre évolué, je retournai vers l’ermite libanais. Ce dernier, dont la patience à mon égard fut sans doute pour lui une source supplémentaire de sanctification, tenta de me convaincre que le véritable moine est l’homme intérieur:

« Le lieu qu’il faut chercher pour la prière n’est pas un palais, même chrétien, mais plutôt une étable. De même que notre Seigneur est né entre le bœuf et l’agneau, de même nous aussi, nous devons naître spirituellement dans la pauvreté.

Les gens du monde remplissent leur ventre de nourriture, se vautrent dans le sommeil, et ils pensent que c’est cela, la santé ! Ils ne comprennent pas que c’est exactement le contraire qui fortifie l’homme…

Est-ce que tu es humble ou orgueilleux  ? 

Orgueilleux, répondis-je, surpris par cette question inattendue.

Il n’y a qu’un seul remède à l’orgueil, c’est l’obéissance. Il faut être prêt à renoncer à sa volonté propre. Si tu veux jeûner et que ton Géronda te dise de manger trois fois de suite, tu dois manger ! Alors seulement tu pourras jeûner, car tu le feras avec sa bénédiction.

Un père spirituel lorsqu’il parle, c’est pour donner des conseils pratiques et non pour faire de grandes théories. La vraie théologie est une praxis. Les orthodoxes, sous l’influence de l’Occident, tendent de plus en plus à séparer le theos (Dieu) du logos (discours) et il finit par ne rester qu’une simple parole désincarnée. »