Saint Païssios l’Athonite – ΛΟΓΟΙ Γ ΠΝΕΥΜΑΤΙΚΟΣ ΑΓΩΝΑΣ (p. 5-6)
La plus grande maladie de notre époque ce sont les Mauvaises Pensées (tentation de gauche). (NDLR: Dans le langage ascétique, le combat « par la gauche » c’est celui de l’acédie, de la tiédeur, de la paresse, alors que celui « par la droite » désigne la tentation d’un zèle déplacé, d’une ardeur excessive, du pharisaïsme, l’auto-justification alléguant de bons prétextes.)
Q. : Géronda, je deviens anxieux quand je dois régler un problème et que je n’arrive pas à dormir.
-Ton principal problème, c’est que tu as trop de pensées. Si tu n’avais pas autant de pensées, tu pourrais accomplir bien plus de choses, à la fois dans ton obédience et dans ta vie spirituelle.
Voici un moyen pour éviter d’être submergé par les pensées : quand une pensée te vient à l’esprit à propos de quelque chose que tu dois faire demain, dis à cette pensée : « cette tâche n’est pas pour aujourd’hui ; j’y réfléchirai demain. »
Aussi, quand tu dois prendre une décision, ne t’épuise pas à chercher absolument la meilleure et ne te met à repousser sans cesse. Fais un choix et continue d’avancer. Laisse le reste à Dieu pour s’en occuper.
Essaye d’éviter les scrupules excessifs pour ne pas user ton esprit. Fais tout ce que tu peux, avec philotimo (noble zèle), et agis simplement, avec une grande confiance en Dieu. D’une certaine manière, nous obligeons Dieu à nous aider lorsque nous confions notre avenir et nos espoirs à Lui.
Même une personne en bonne santé devient inefficace si elle est submergée par de nombreuses pensées. Quelqu’un qui est malade et qui souffre sera justifié s’il s’inquiète. Mais quelqu’un de sain qui se tourmente avec des pensées négatives (gauche), cette personne est prête pour l’asile ! Être parfaitement bien et pourtant, tourmenté par ses propres pensées !
De nos jours, la plus grande maladie est la vaine pensée des gens mondains. Les gens peuvent tout avoir, sauf de bonnes pensées. Ils se tourmentent eux-mêmes parce qu’ils ne font pas face aux évènements de leur vie d’une façon spirituelle.
Par exemple, quelqu’un projette d’aller quelque part, mais sa voiture eut un petit problème mécanique, et il arrive un peu en retard à destination. S’il a une bonne pensée, il dira : « Il semble que le Bon Dieu ait permis cet obstacle, car peut-être aurais-je eu un accident si je n’avais pas été retardé. Comment puis-je te remercier, mon Dieu, pour ça ». Et il glorifie Dieu.
Mais s’il n’a pas une bonne pensée, il n’affrontera pas la situation spirituellement ; au contraire, il accusera Dieu et jurera, disant des choses comme : « Tu vois, je serais arrivé plus tôt, mais maintenant, je suis en retard. Quelle malchance ! Et ce Dieu aussi… »
Lorsqu’une personne accepte ce qui lui arrive avec une bonne pensée (droite), elle reçoit de l’aide ; Alors que lorsqu’elle travaille avec des mauvaises pensées (gauche), elle souffre, dépérit et devient folle.
Une fois, il y a des années, nous sommes montés dans un camion avec des planches en bois pour sièges, voyageant d’Ouranoupoli à Thessalonique. À l’intérieur, c’était un chaos total : valises, oranges, caisses de poissons frais, d’autres caisses sales rendues, des garçons d’Athoniada (certains assis, d’autres debout), moines, laïcs…
Un homme est venu s’asseoir à côté de moi. Il était en surpoids et, se sentant un peu à l’étroit, a commencé à crier : « C’est quoi cette de situation… »
Un peu plus loin se trouvait un moine qui, pauvre homme, était recouvert jusqu’à la tête par les caisses, seule sa tête dépassait. Pendant ce temps, alors que le camion rebondissait sur la voie abîmée, les caisses empilées tombaient, et le pauvre moine essayait de les pousser à gauche et à droite avec ses mains pour éviter qu’elles ne lui heurtent la tête.
Et le laïc criait parce qu’il était assis un peu serré. Je lui ai dit : « Tu ne vois pas comment ce moine est assis, et toi, tu te plains à tue-tête ? » Puis j’ai demandé au moine : « Comment vous en sortez-vous, Père ? » Il sourit et dit : « Géronda, c’est mieux que l’enfer ! »
L’un souffrait, bien qu’il fût assis, et l’autre se réjouissait, même si les caisses allaient l’enterrer. Et la route a pris deux heures, ce n’était pas un trajet proche.
L’esprit du laïc tournait autour du confort qu’il aurait eu s’il avait pris le bus, et il était sur le point d’exploser de frustration. Mais le moine pensa à la détresse qu’il expérimenterait s’il était en enfer et ressentit de la joie. Il se disait : « Dans deux heures, nous arriverons et descendrons, tandis que les pauvres âmes en enfer seront tourmentées à vie. D’ailleurs, il n’y a pas de caisses ni de gens là-bas, c’est l’enfer lui-même. Gloire à Toi, ô Dieu, je suis mieux ici. »


















Laisser un commentaire
Comments feed for this article