Nicolas Cabasilas, la Vie en Christ, Daniel Coffigny – Editions du Cerf 1993, p. 233-234
Il nous est bon de fixer notre mémoire sur ce qui a trait à Christ : pensons à Lui sans nous lasser. Méditons sur Lui quand nous sommes seuls et prenons plaisir à parler de Lui avec d’autres. Nous devrions faire preuve, autant que possible, de cette incessante préoccupation tout au long de notre vie ou du moins fréquemment.
Ayons cette pensée de telle sorte qu’elle s’imprime profondément dans notre cœur et l’absorbe entièrement. Le feu lui-même n’embrase que s’il est entretenu de manière continue. De même pour nous : une médiation occasionnelle n’ouvrira pas notre cœur vers quelque passion. Il faut une plage de temps longue et continue.
Les pensées jaillissent de ce que nos sens perçoivent de beau et d’agréable, enflammant ainsi, en nous, le désir. Nos sens, en effet, sont en éveil en nous dès notre naissance. C’est d’eux que s’éveillent ces pensées qui sont nos compagnes et ont notre âge. Elles nous incitent à réaliser leur vouloir, car elles sont agréables et nous habitent depuis longtemps.
En avançant dans la vie, nous agissons avec plus de sagesse et de raison. Dans la mesure où le temps est plus court, il nous faut donc plus d’efforts et une attention constante pour ressentir un attrait pour le bien. Ce sentiment ne nous charme pas spontanément ; c’est plus tard qu’il nous atteint, habités que nous sommes d’autres passions.
Que de ténacité ne nous faudra-t-il pas pour rompre l’habitude de ces autres passions, pour substituer le réel à l’apparent, et le bon à ce qui est agréable ? Il n’est donc pas surprenant que les meilleures pensées ne prévalent pas toujours sur les mauvaises, ni que, pour des êtres raisonnables, les plus belles ne l’emportent pas sur les plus viles.
Pour devenir bons, il ne suffit pas de tenir des propos persuasifs quant à la bonté. On doit aussi passer du temps à méditer, et réfléchir longuement. On n’acquiert pas un bon jugement seulement en s’instruisant, mais en agissant concrètement. De même que nourriture, armes, remèdes et vêtements sont utiles, non à ceux qui les ont sous la main, mais à ceux qui les utilisent.


















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