Saint Nectaire d’Egine – P. Ambroise Fontrier – l’Age d’Homme, 1993, p.61-62

… Un bon citoyen, continua-t-il, exprime son choix dans l’isoloir, par son vote secret et saint. Beaucoup d’hommes, mes enfants, viennent me trouver et me demandent en confession pour qui voter. A certains je réponds, à d’autres je ne dis rien, je garde le silence.

— Pourquoi, père saint ? et que répondez-vous ?
— Mes enfants bénis, le silence est aussi une réponse, il suffit qu’il ne soit pas une insulte. Choisissez une âme bonne, un cœur sans reproche. Un chrétien aimable, sage, sans passions, noble…

Mes enfants, apprenez de moi que les menteurs, les buveurs, les fornicateurs, les aventuriers, les persécuteurs des chrétiens orthodoxes devraient toujours trouver fermées les portes du Parlement… Ne placez pas votre confiance dans les princes, dans les fils des hommes, en qui il n’y a pas de salut. Préférez les hommes vertueux, ayant de la stabilité dans leur vie et dans leurs actes, rigoureux dans leur parler, prudents dans leurs actions. Ne choisissez pas des hommes divisés, agités, intéressés, enfoncés dans la matière.

Ceux qui prennent le Parlement pour un négoce et non pour le service du grand nombre, sont des voleurs, des intrus. Rejetez-les loin de l’intendance des choses publiques.
— S’il arrivait que nous eussions de tels hommes comme amis, si l’un d’eux a été notre bienfaiteur, faudrait-il le réprouver ?
— Oui, tout de suite, pour toujours. Parce que ces hommes égarés et féroces ne peuvent apporter que dégâts, préjudices, malheurs à leurs propres amis comme à la société. Un joueur qui est aussi un fraudeur ne ruine que son partenaire, quelquefois un cercle d’hommes. Mais un homme politique qui est pernicieux, infidèle, hérétique, effronté, rusé, combinard, c’est une charge des démons, c’est l’outre des sauvages éoliens…

Un homme mauvais dans la société peut nuire à un, deux ou cinq ou dix. Par contre, un politique mauvais démolit d’un cœur léger le bonheur des hommes, mes enfants. Prenez donc garde que votre choix n’aille pas aux loups du péché. Veillez à ce qu’il revienne à l’homme bon et noble.

— Mais, père, les hommes bons et nobles n’ont pas de puissance, ils sont isolés, inconnus. Ce sont les malins, les rustres qui d’ordinaire se présentent comme distingués.
— Pour un peu de nourriture, dit saint Nectaire, pour un vêtement, vous parcourez la terre, les mers, les marchés et les rues, afin de faire un choix judicieux, et quand il s’agit d’établir les dirigeants de votre vie matérielle, deviendrez-vous négligents jusqu’à soutenir les indignes ?
— Certainement pas, père. Et nous vous remercions pour vos conseils.
— Non, pas à moi vos remerciements, mais à Dieu pour son choix très saint.