Alain Durel, la presqu’île interdite – Éditions Albin Michel 2010, pages 105 à 108.

Le désir d’imiter l’exemple des Pères du désert ne cessant de croitre en moi, j’appris qu’un saint homme vivait en ermite non loin du monastère de Stavronikita. Son non était Isaac, mais tous l’appelaient « papa Isaac ». 

Isaac vivait caché dans un modeste ermitage, au milieu d’un bois de chênes verts. Très mince en raison des jeunes fréquents qu’il s’imposait, ses yeux étaient ornés de cernes noirs dus à la brièveté de son sommeil, d’une durée de deux ou trois heures tout au plus… 

Comme la plupart des Libanais, le français ne lui était pas inconnu… Papa Isaac devint rapidement un guide attentionné. Admirant son genre de vie, je lui exposai mes mauvaises pensées et lui demandai de m’accueillir dans son ermitage.

« Remplace tes mauvaises pensées par des bonnes ! disait-il. Si tu vois des frères parler pendant l’office, dis-oi qu’ils parlent du typicon (ordonnances liturgiques) !

Il n’y a pas beaucoup de kellias (petites habitations) à l’Athos aujourd’hui où l’on mène une vie vraiment hésychaste… Les kellias ont perdu leur simplicité, elles s’encombrent de tout l’arsenal qui est normalement celui des monastères… Une véritable kellia doit être simple et pauvre, coupée de l’agitation et des soucis du monde… Si je prends plus de trois personnes dans cette kellia, elle deviendra un monastère et n’aura plus aucun intérêt.

Ne cherche pas l’hésychia (quiétude) extérieure, c’est une mauvaise hésychia, elle vient des passions. Cherche l’hésychia qui est dans ton cœur. »

Comment dois-je prier ? Il faut prier dans un esprit de repentir, répondit-il…

« Si la poule ne reste pas au même endroit à couver ses œufs, il n’y aura jamais de poussins ! Persévère dans la prière de Jésus à l’église comme en cellule… Tu n’es pas seul, tu as avec toi le Christ, sa Mère toute pure et tous les saints ! »