Confession, 12-14 (trad. SC 249, p. 83 rev.) 

Moi qui étais d’abord un rustre fugitif et sans instruction, moi « qui ne sais pas prévoir l’avenir » (Qo 4,13 Vulg), je sais cependant une chose avec certitude : c’est qu’« avant d’être humilié » (Ps 118,67) j’étais comme une pierre gisant dans une boue profonde. Mais il est venu, « celui qui est puissant » (Lc 1,49) et dans sa miséricorde il m’a pris ; il m’a hissé vraiment bien haut et m’a placé au sommet du mur. C’est pourquoi je devrais élever la voix très fort, afin de rendre quelque chose au Seigneur pour ses bienfaits ici-bas et dans l’éternité, bienfaits si grands que l’esprit des hommes ne peut les compter. 

Soyez donc dans l’admiration, « grands et petits qui craignez Dieu » (Ap 19,5) ; et vous, seigneurs et beaux parleurs, écoutez et examinez attentivement. Qui m’a suscité, moi l’insensé, du milieu de ceux qui passent pour sages, experts de la loi, « puissants en paroles » (Lc 24,19) et en toutes choses ? Qui m’a inspiré plus que d’autres, moi le rebut de ce monde, pour que « dans la crainte et le respect » (He 12,28)…je fasse loyalement du bien au peuple vers lequel l’amour du Christ m’a porté et à qui il m’a donné, pour que, si j’en suis digne, je les serve toute ma vie avec humilité et vérité ? 

C’est pourquoi, « selon la mesure de ma foi » (Rm 12,6) en la Trinité, je dois reconnaître et … proclamer le don de Dieu et sa « consolation éternelle » (2Th 2,16). Je dois répandre sans crainte mais avec confiance le nom de Dieu en tout lieu, afin que, même après ma mort, je laisse un héritage à mes frères et à mes enfants, à tant de milliers d’hommes que j’ai baptisés dans le Seigneur.