Correspondance – Éditions de Solesmes

392 – Demande: Comment est-il écrit: « Éprouve-moi, Seigneur, et tente-moi » (Ps 25,2), et encore : « Réjouissez-vous quand vous êtes en butte à toutes sortes d’épreuves » (Jc 1,2) ? Mais par ailleurs il est dit: « Ne nous induis pas en tentation, Seigneur » (Mt 6,13). Et aussi: « Priez, afin de ne pas entrer en tentation » (Mt 26,4). Cela semble contradictoire. Apprends-moi, je t’en prie, ce qui fait la différence entre les tentations.

Réponse de saint Barsanuphe: Dire: « Éprouve-moi, Seigneur, et tente-moi », est le propre d’un homme qui lutte et demande à être éprouvé par la tentation avec la permission de Dieu, à condition toutefois qu’il garde la patience dans l’affliction de la tentation.

Car, ainsi qu’il est écrit, la patience porte l’homme à la vertu éprouvée et aux autres biens (Rm 5,4); et il s’ensuit logiquement joie et progrès. En effet, la volonté de celui qui lutte ne consent pas, tout au contraire elle résiste et l’homme se livre lui-même au labeur, afin de n’être pas vaincu par la tentation. Quant à la demande: « Ne nous induis pas en tentation », cela signifie: Ne permets pas que nous soyons tentés par la propre volonté et la propre convoitise; car de la chute dans une telle tentation naît la mort. C’est à ce propos que le Sauveur dit: « Priez afin de ne pas entrer en tentation. » C’est pourquoi le juste prie des deux manières: tantôt il demande à être tenté avec la permission de Dieu, pour une épreuve salutaire; tantôt il demande à n’être pas tenté par propre volonté et propre convoitise pour la perte de l’âme.